Cela se passait il y a cinquante ans. (par Pierre Fabre)

Publié le par Claudine Le Barbier


(Photos en cours de publication)


Si l'on expurge du xxème siècle les deux guerres mondiales l'année 1958, pour notre pays, fut celle qui modifia le plus les fondements de notre République.

 

Quelques rappels historiques.

 

Le contexte "politico-historique". Les évènements d'Algérie empoisonnent la quiétude de nos dirigeants. Ils s'avèrent incapables de solutionner une problématique, vieille de plus de trois ans, qui inquiète et irrite les citoyens. Cela fait 12 ans que l'Homme du 18 juin piaffe dans sa demeure champenoise. Il a quitté les affaires le 20 janvier 1946 trouvant insupportable ce qu'il appelait le "régime des partis" où le plus important était celui qui l'incommodait le plus. Le Parti communiste de l'époque disposait, lors des dernières législatives, de 22.5% des électeurs inscrits et était la seule formation à souhaiter l'indépendance de l'Algérie. Arithmétiquement il  dominait ses concurrents.

Les fossoyeurs de la quatrième. Le printemps de 1958 commence, au niveau électoral, par les élections cantonales des 20 et 27 avril. Cette consultation, sans relief, avantage la mouvance M.R.P.  C'est, vraisemblablement, la date du 13 mai qui actionne la machine appelant la Vème république. Les généraux français, à Alger, concoctent un Comité de Salut public, pour le moins conservateur, où l'on trouve les noms de Salan et de Massu. Le président Coty, qui, rappelons le, vota les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, le 29 mai 1958, après avoir tout tenté, se sent bien "obligé" de se résoudre à appeler celui qu'il désigna comme étant "le plus illustre des Français". Le 1er juin l'Assemblée nationale l'investit, par 322 voix contre 233, et lui donne six mois de pleins pouvoirs atténuant, ainsi, son désir d'en obtenir le double.




 

 

Le 4 juin 1958, à Alger, tout juste rappelé au pouvoir, le fondateur du R.P.F revient sur la scène et lance sa phrase pleine d'ambiguïté "Je vous ai compris".

 

 

L'amorce d'une nouvelle République. Le nouveau président du conseil fait élaborer, par Jean Foyer et Michel Debré, une constitution plus trempée ; traduction de son discours de Bayeux du 16 juin 1946. Il insuffle un régime où le président de la République devient réellement le premier personnage de l'état. D'aucuns notent que la lecture, au premier degré, de cette nouvelle constitution ne donne pas aux "profanes" l'impression d'un changement d'envergure. Tout est dans la nuance… et dans l'ascendance du dernier chef de gouvernement de la IVème République. Le corps électoral plébiscite le texte à hauteur de 81,69 % de oui. Le P.C, appuyé d'intellectuels cryptocommunistes et d'une poignée de philosophes puristes et progressistes, livre un baroud d'honneur.

 

Les 23 et 30 novembre les législatives, au scrutin uninominal, bouleversent l'Assemblée nationale qui compte 579 élus. Le P.C, avec 18,9 % des suffrages, premier parti de France, grâce à l'émiettement, ne préserve que 10 sièges, sur 150 sortants ; quasiment tous issus de la Résistance.  La S.F.I.O, avec 15,5 %, en sauve 40, sur 95. L'U.N.R naissante, avec 17,6 %, gagne la majorité relative de l'hémicycle avec 189 élus. En Dordogne, à Périgueux, le tribun Yves Perron quitte définitivement le Palais Bourbon, chassé par l'U.N.R Raoul Rousseau qui, quatre ans plus tard, favorisera l'arrivée surprenante d'Yves Guena. Robert Lacoste, dans le Sarladais, marque un point de césure, il est défait par Michel Diéras, un radical peu connu. Un autre U.N.R Henri Sicard s'impose à Bergerac. Seul le radical Georges Bonnet, dans le Nontronnais et Ribéracois, échappe au séisme.

 

Georges Bonnet attendra encore 10 ans pour être désavoué par ses électeurs.

Robert Lacoste a payé son implication es qualité de ministre résident en Algérie.

Yves Perron, personnage ô combien emblématique, ne retournera plus au Palais Bourbon.

 

 

"Ite, missa est".  Le 21 décembre les grands électeurs verrouillent le schéma en donnant, avec 78,51 % des exprimés, l'Élysée à son postulant incontournable ; celui qui n'entend pas inaugurer les chrysanthèmes. Georges Marrane, ancien ministre de la Santé publique et de la population  sauve l'honneur du P.C avec un modeste 13,3 % et Albert Châtelet, un scientifique hors du commun, porte parole de L'Union des forces démocratiques, obtient 8,46 %. La mouvance républicaine progressiste des "non alignés" a évité l'humiliation de la désertion totale. La messe, néanmoins, est dite. La demeure la plus prestigieuse de l'Hexagone attendra le 8 janvier 1959 pour accueillir officiellement son nouveau locataire.

 

 

 

Georges Marrane, ajusteur de son état, disciple de Roland Dorgelès, ancien ministre de la santé, fut plusieurs fois parlementaire. Il a siégé à l'Assemblée nationale puis au Sénat et a ceint l'écharpe de maire d'Ivry.

Le premier président de la Vème République.

Nous n'avons malheureusement pas trouvé d'image d'Albert Châtelet.

 

 


 


1958 à Belvès.

 

 

L'activité politique, au castrum de Belvès, au début de cette année 1958 n'avait rien de la fièvre qui secoua Alger et Paris. Les paroles échangées dans la localité relèvent bien plus souvent de propos d'un café du coin ou de critiques citoyennes, voire de commentaires ou de potins du marché,  parfois irrationnels, que de dissertations politiques de haut niveau. L'évènement belvésois c'est le "Championnat de France cycliste professionnel". Belvès doit, le 22 juin, permettre au Vernois Valentin Huot de remettre en jeu son titre acquis l'an passé sur le circuit finistérien de Châteaulin. Le fait que le champion sortant soit du Périgord n'a, a priori, que peu d'importance dans la thématique.

 

Une logistique impressionnante. Cette manifestation fut organisée par le Cyclo club belvésois présidé par Lucien Carcenac, un authentique Belvésois, d'une délicatesse exquise. Ce personnage, parfaitement bilingue, qui présidait également les animations festives de la localité avait commencé sa vie active  à Londres dans une firme automobile à la charnière des XIXème et XXème siècles.

Pour permettre aux coureurs de s'affronter il fallait un circuit répondant aux critères imposés. Le circuit de 5,9 Km, emprunté pour le traditionnel grand prix, s'avérait trop petit. Il a fallu lui greffer une boucle adjacente où les fortes déclivités étaient dominantes. On a ainsi réalisé la "route des professionnels" qui fait tout juste 10 Km.

Lucien Carcenac,

Président du C.C.B

 fut, à 78 ans, l'organisateur

 du Championnat de France.

Avec 25 tours les cracks de la petite reine comptabilisaient donc 250 Km sur la ligne d'arrivée. Les reliefs du Périgord n'ont rien des cols pyrénéens mais, néanmoins, se révélèrent particulièrement sélectifs. Le circuit fut entièrement sonorisé et les organisateurs ont fait dresser deux tribunes, une au niveau de la ligne d'arrivée, et une à Fongauffier, à la sévère boucle, cassant le rythme, au pied de la cote décisive de Belvès.

La gare de Belvès était au cœur du circuit. Plusieurs trains spéciaux ont amené des milliers de spectateurs à pied d'œuvre. Ce fut, certainement, la plus grosse manifestation de Belvès, félibrées comprises, et "la" journée mémorable de l'activité ferroviaire voyageurs de ce site.

 

 

Une journée plus que maussade. Ce 22 juin que les Belvésois attendaient, par un mois plutôt chaud et ensoleillé, fut une fraîche journée d'une pluviosité très soutenue qui ne concéda que quelques rares et courtes éclaircies. Le soleil, comme pour s'excuser, daigna paraître pour le dernier tour et pour saluer le champion de France qui conserva son titre, au sprint, coiffant Raphaël Géminiani et François Mahé. Louison Bobet, encore auréolé de ses trois victoires (1953/54/55) au Tour de France, s'inclina pour quelques tours de roues au pied du podium.

Valentin Huot rêvait au Championnat du Monde. Il se disputa à Reims le 30 août. Ses compatriotes ne l'ont pas aidé et la victoire revint à l'Italien Ercole Baldini qui devança Louison Bobet et André Darrigade.

 

Valentin Huot lors d'une ascension  en montagne.

 

 

 

Un bilan catastrophique au niveau des recettes. Cette manifestation, malgré les conditions météorologiques épouvantables, attira environ 20000 spectateurs. Pour des raisons mal comprises un nombre considérable de personnes s'introduisit sans billet sur le circuit, notamment aux arrivées des trains, et de nombreux resquilleurs irréfléchis ou avertis, profitant de failles, occupaient des places de tribune, de 2000 ou 1000 francs, au tarif du circuit, 600 francs; équivalence en 2008 en € : 31,56, 15,78 et 9,47 €,

Un quotidien de l'époque titra, le lendemain, "20000 spectateurs, deux millions de déficit".

Il y eut, probablement, des insuffisances dans le montage mais il faut bien convenir que l'assemblage d'une telle journée, exclusivement par des bénévoles exposés à la pénibilité d'une pluie quasi-permanente,  relevait d'une haute performance.

Quelques semaines après, pour tenter un rattrapage de trésorerie, les programmateurs du championnat de France cycliste organisaient, au stade Jean Gallet, un spectacle de catch avec L'ange blanc et Le bourreau de Béthune. Hélas le déficit ne fit que s'amplifier !

 

L'Ange blanc et le Bourreau de Béthune.

 

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Belvès demeura, néanmoins, une cité phare du cyclisme. En 1962 Belvès accueillit le championnat de France cycliste des vétérans. Le Critérium national, en 1972, spectaculairement gagné par Raymond Poulidor et remporté, en 1974, par Bernard Thévenet se tint à Belvès.

 

Raymond Poulidor

Bernard Thévenet

 

Le castrum s'est enorgueilli de voir passer le Tour de France en 1976; tour malheureux pour Bernard Thévenet. Il abandonna lors de cette 19ème étape ; Ste Foy-la-Grande Ü Tulle.

 

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Publié dans SOUVENIRS

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